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mercredi 22 avril 2009

Emmène-moi au bout du monde (salope)

« - Vérole !... disait l'homme en ahanant, et il travaillait la femme, vérole !... - Tu me fais mal !... disait la femme en se tortillant, en se coulant, en se lovant, écartant les jambes puis les nouant dans le dos de l'homme, s'appuyant sur les coudes pour effectuer une subtile reptation, un mouvement de torsion pour arriver à chevaucher sans désemparer l'homme, maintenant à moitié chaviré sous elle. - Ah ! tu veux le faire à la turque ?... Vérole !... Tiens, je vais te l'apprendre... Tiens, tiens et tiens !... Constantinople !... et se retournant avec une brusquerie inouïe, l'homme se dégagea d'un tour des reins de l'enlacement de la femme mais sans lâcher prise et, rendu furieux, embrochait à fond la vieille essoufflée, maintenant étendue en travers de la couche, la tête sur le plancher comme une autruche la tête dans le sable, ne comprenant rien à ce que l'homme pouvait lui faire et entreprendre avec ce qui lui restait de son corps au lit, s'attendant à Dieu sait quoi d'autre..., des coups, des caresses, des morsures, des crachats..., le viol !... et elle râlait, gloussait, gémissait roucoulait, proférant des injures et des gros mots, guettant, provoquant la volupté qui allait foudroyer son partenaire, y prenant une part active, quoique rebelle, pour mieux l'accaparer et en jouir sans en perdre une goutte en un point secret de son être porté à l'incandescence... »

Blaise Cendrars, Emmène-moi au bout du monde, incipit.